Entre science et opinion publique, apprenez à déceler les fausses autorités !

Image tirée du film “Full Metal Jacket”

Hello toutes et tous !

Nous obéissons tous à différentes formes d’autorité, ça nous le savons. Ce qui est moins évident à admettre c’est qu’elles ne sont pas toujours perçues comme telles. Et ce qui est vraiment dur à reconnaitre pour nous, c’est que nous leur obéissons quand bien même elles seraient dangereuses et/ou illégitimes. Mais quelles sont alors ces autorités qui nous dictent quoi faire ou la façon de le faire ? Et pourquoi leur obéissons-nous ?

Je tacherai ici de vous aider à comprendre l’influence qu’ont les autorités scientifiques et l’opinion publique sur nos comportements.

“Faites-moi confiance, je suis médecin”

 

Il y a quatre jours j’organisais une soirée privée autour de l’hypnose rassemblant quelques ami(e)s et collègues intéressé(e)s par le sujet pour boire un verre et assister à des démonstrations hypnotiques. Beaucoup d’entre-eux avaient de nombreuses questions sur le sujet auxquelles je me faisais un plaisir de répondre. Comme je suis adepte de la démocratisation de l’hypnose et suis fier d’être un cartésien, j’accompagnais pratiquement toutes mes réponses d’explications concernant les études scientifiques qui soutenaient le contenu de mes réponses. C’est important pour moi, car cela empêchent même les plus sceptiques de vouloir mettre en doute ma parole. Si mon discours est fiable, il m’aurait cependant suffit de joindre seulement la mention “cela a été prouvé scientifiquement” à chacune de mes idées pour obtenir le même effet.

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Le syndrome de Gröger

 

Une seule raison à cela : les vérités dites “scientifiques” ne sont pas remises en cause parce qu’elles sont par essence scientifiques. Nous avons en effet une forte tendance à ne pas vouloir contredire un fait ou une étude scientifique car nous avons à l’esprit la rigueur de la science et notre incapacité à faire preuve d’une aussi grande précision pour les contredire. Cela est devenu un impératif catégorique, que nous appliquons machinalement : si c’est prouvé scientifiquement, alors pourquoi s’en faire ?

Il existe pourtant un nombre non négligeable d’études scientifiques ayant donné des conclusions erronées ; c’est ainsi qu’en 2001 par exemple, June M. CHAN et Edward L. GIOVANNUCCI publient dans la revue scientifique « Epidemiologic Reviews » les résultats de leur étude. Les deux chercheurs y prouvent les méfaits des produits laitiers qui, selon eux, favoriseraient le cancer de la prostate. Quelques années plus tard, une analyse portant sur plus de 80 000 hommes suivis durant dix ans remet en cause cette découverte : aucun lien n’a été observé entre la consommation de ces aliments et l’apparition d’un quelconque cancer.
Aussi, n’importe qui un petit peu avisé aura compris qu’il favorisera l’appréhension de son discours et sa crédibilité en y ajoutant chiffres et sources scientifiques (j’ai fait de cette technique l’objet d’un post en 2011 que vous pouvez trouver ici).

L’expérience de Milgram

Ce problème ne s’étend pas qu’au discours scientifique, mais aussi en la personne du scientifique elle-même : le scientifique est crédible, point. Je ne pense pas que ce soit vous qui me contredirez là-dessus. Si vous deviez choisir entre la parole d’un homme ou d’une femme en blouse blanche et celle de votre plombier, laquelle choisiriez-vous ? Eh bien je vais vous donner la réponse : il y a de fortes chances pour que ce soit celle de la blouse, même si elle vous parle de plomberie ! Vous ne me croyez pas ? Alors voici de quoi vous satisfaire.

En 1963, Stanley MILGRAM a demandé à plusieurs groupes de deux sujets de participer à une étude sur les effets de la punition sur l’apprentissage. Choisis au hasard, les deux participants à l’expérience se voyaient attribuer un rôle chacun : l’un était élève, l’autre professeur. Ce premier était transféré dans une pièce voisine à celle du professeur et était attaché sur un siège permettant de lui délivrer des décharges électriques. Le professeur, qui le voyait à travers une vitre et pouvait l’entendre, avait pour charge de lui poser des questions et de lui envoyer une décharge à chaque réponse erronée grâce à une machine mise à sa disposition. A chaque nouvelle mauvaise réponse, le professeur devait envoyer un choc électrique supérieur au précédent de 15 volts ; le cadran de la machine indiquait ainsi plusieurs paliers de voltage allant de “choc léger” à “danger : choc intense” en passant par “choc violent”. Le dernier grade était simplement l’indication “XXX”.

Sous l’autorité du scientifique qui menait l’expérience, les professeurs entendaient les élèves hurler, les supplier d’arrêter, et s’évanouir. Mais le scientifique en blouse blanche qui menait l’expérience leur intimait de continuer. Ainsi, les professeurs qui ont arrêté l’expérience le plus vite, refusant de continuer, ont tout de même infligé jusqu’à 315 volts. Au total, 67% des professeurs ont donné une décharge sur le curseur “XXX” ; la plupart étaient très angoissés, s’en sont pris verbalement au scientifique expérimentateur, ont tremblé et on transpiré. Mais ils lui ont quand même obéi. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que leur élève était un complice, il n’a jamais reçu de décharge électrique et devait seulement simuler la réaction aux décharges de différentes amplitudes dès qu’une lumière rouge s’allumait dans un coin. Jamais l’autorité d’un scientifique n’avait autant été mise en évidence.

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“Tout le monde est d’accord avec moi”

Combien de fois avez-vous entendu cette phrase dans la bouche de vos interlocuteurs ? Le raisonnement de ceux-ci était simple : puisqu’une majorité de personnes étaient d’accord avec lui, les chances pour qu’il ait eu raison étaient grandes, très grandes. Et il n’est pas rare que nous nous soyons laissés convaincre par cet argument. Après tout, si nous étions seuls à penser cela, alors il est fort probable que nous ayons eu tort. La majorité ne se trompe pas. C’est une des causes de ce que l’on appelle la “preuve sociale” ou “l’effet mouton”.

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La preuve sociale

La preuve sociale est une observation psycho-sociologique qui relève que nous agissons en conformité avec le groupe, notamment du fait que nous ne voulons pas nous détacher de la masse. Le comportement du groupe conditionne notre comportement, il a autorité sur nous. Ceci explique pourquoi il n’est pas rare qu’en présence de deux comptoirs dans une administration ou au fast-food par exemple, une file d’attente sur les deux soit extrêmement longue, quand celle d’à côté est quasi-nulle voire inexistante : “puisqu’il n’y a en apparence qu’une seule file, c’est qu’il ne faut pas se mettre au second comptoir, il doit être fermé” dira-t-on. Eh bien non, pas du tout, on se goure grossièrement ! Voici une illustration vidéo de la preuve sociale dans laquelle des personnes (les complices) adoptent volontairement un comportement étrange dans un ascenseur ; l’on voit alors le sujet de l’expérience (au centre) se conformer à ce comportement, combien même il déroge au bon sens.

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L’expérience de Asch

Ainsi, si le groupe influence votre comportement, son opinion peut aussi faire autorité sur la vôtre. En 1951, Salomon ASCH publie une étude sur le conformisme à l’opinion publique. Son expérience consistait à demander à des groupes de 11 volontaires rassemblés dans une même salle de comparer la taille d’un segment avec 3 segments témoins de tailles différentes.

Les différences entre les longueurs témoins sont telles qu’il est alors évident pour n’importe qui de deviner laquelle est identique au segment de référence. Mais voici un petit détail qui a son importance : dans chaque groupe, sur les onze sujets, dix sont des complices qui ont eu pour instruction de se tromper en désignant un autre segment (tous devaient désigner le même segment). Le véritable sujet était placé de sorte qu’il soit le dernier à donner sa réponse, et lorsque tout le monde (y compris lui) avait donné la bonne réponse lors d’un premier tour, les complices devaient revenir sur leur décision lors du deuxième tour. Une fois que tous les dix avaient donné leur réponse erronée, ce fut au tour du sujet. Le vote truqué eut lieu douze fois, et 75% des personnes testé on voté au moins une fois pour le mauvais segment. Deux personnes sont allées jusqu’à onze mauvaises réponses. 

Voici l’expérience qui a le plus mis en avant l’existence du conformisme et l’importance de l’influence de l’opinion publique. 

S’il y a un enseignement à tirer de cela, c’est qu’il nous faut toujours être vigilant, ne pas avoir peur de remettre en cause la légitimité d’une autorité si cela nous semble juste, et ne pas céder à la pression sociale.

On se revoit le mois prochain.

Hugo

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