L’Effet cocktail ou l’attention orientée

source : www.marichesse.com
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Bonjour à tous !

Ne vous êtes vous jamais demandé d’où venait le “sixième sens”, votre intuition ? Celle qui fait dire à votre ami “Heudebert (car vous vous appelez Hedeubert dans mon exemple ; comme la craquotte LU), je crois qu’il y a quelqu’un qui nous suit !”
Et que dire que votre esprit tordu ? Oui oui, cette manie que vous avez de tourner votre attention vers une conversation extérieure à celle que vous suivez actuellement parce que quelqu’un a prononcé le mot “sexe”. Comment puis-je vous connaitre à ce point ? Grâce à “l’Effet cocktail”, nom donné par le docteur Colin Cherry à l’écoute dichotique. Mais l’on y reviendra.

Mais quel est le lien entre l’intuition et l’écoute dichotique ? Entre l’incroyable sixième sens de votre ami et votre esprit coquin ? Une seule réponse : l’attention.
Commençons par le commencement ; et au Commencement, il n’y avait rien, ou plutôt si, une multitude d’informations extérieures, appelées “stimuli”, envahissant notre cerveau. En effet, chaque seconde notre cerveau manipule une gigantesque quantité d’informations provenant de millions de nerfs qui aboutissent dans nos organes sensoriels (yeux, nez, oreilles, peau, langue). Alors comment notre cerveau fait-il pour traiter tout ça ? C’est très simple, il ignore tout simplement la grande majorité des stimuli, en conserve certains au vol, et comble les blancs avec des suppositions (cela ne vous rappelle rien ? Mais si : la potentialisation cognitive !).

Et si notre cerveau parvient si bien à faire le tri, c’est grâce à notre capacité d’attention, c’est-à-dire à notre faculté de fixer notre concentration sur une information plutôt qu’une autre. Et il procède à cette opération à chaque seconde, sur l’ensemble de nos sens ; en voici trois exemples.

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L’ouïe

Pour parler de l’ouïe, il faut comprendre le fonctionnement du son : c’est une onde de compression de l’air. L’air comprimé entre dans votre oreille, le tympan vibre, ces vibrations traversent la cochlée qui les transforme en impulsions nerveuses. Ces dernières filent vers le cortex auditif qui sépare les signaux bruts en sons individuels. Ainsi, nous sommes continuellement submergé(e)s de sons éparses et divers, et pratiquement continuellement entouré(e)s de bruit. En ville, nous subissons les bruits des voitures, des trams, métros, trains, les voix des foules, les bruitages des machines ; chez nous, c’est la musique, les enfants jouant, la télévision, le chien qui aboie, etc. Dans une fête, nous sommes ainsi submergés par un vacarme impressionnant : le brouhaha des invités, le bruit des verres, des couverts, le son de la musique incessante, et pourtant nous sommes capables d’écouter un invité grignoter un toast en nous parlant de sa collection de timbres alors même qu’il ne parle pas très fort et que le bruit environnant est bien plus élevé.

Ce paradigme est appelé “effet cocktail”, car Colin Cherry a décidé de s’y intéresser dans les réceptions mondaines. Loin de lui la volonté de comprendre les fêtes, ses travaux avaient pour objectif d’aider les contrôleurs aériens à gérer le murmure constant des voix dans leurs écouteurs. Le Dr. Cherry a ainsi démontré que notre cerveau sélectionne ce qu’il veut écouter et choisi d’ignorer le reste. Autrement dit, dès que notre organe crânien a séparé et étiqueté les sons, il les rejète quasiment tous, ne conservant que ceux de notre interlocuteur philatéliste.

Toutefois, il y demeure un détail important : les autres bruits ne sont pas instantanément rejetés, car nous les surveillons inconsciemment. Ainsi, notre cerveau semble chercher des sons-types, des mots-clés parmi tous les sons qu’il capte, avant de les rejeter ; et les sons qu’il trouve dignes d’intérêt remontent jusqu’à notre conscience. C’est le cas de votre sonnerie de téléphone, ou d’une voix qui vous est familière ou encore d’une musique que vous appréciez. Et c’est aussi le cas du mot “sexe”. Il a été constaté que ce mot suscitait un vif intérêt pour notre esprit ; ne l’avez vous jamais remarqué ? Si vous dites le mot “sexe”, tout le monde arrête de parler ! Tous les invités de cette soirée ralentissent leur conversation et tendent l’oreille.
Il en va de même pour votre prénom : si une personne prononce votre prénom, vous tendrez l’oreille. Aussi, il est une chose intéressante que de constater que si vous entendez votre prénom, vous entendrez aussi les quelques mots qui l’ont précédé. Voilà qui démontre bien que notre cerveau conserve pendant quelques secondes toutes les informations qui lui viennent. Cela signifie que de votre point de vue, vous entendez les quelques mots puis votre nom dans l’ordre, tandis qu’en réalité, votre cerveau conscientise votre prénom et ne fait remonter qu’alors les mots le précédant.

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La vue

D’où vient le trompe l’œil ? Non pas du cerveau, mais bien du système visuel : c’est la structure de l’œil qui est en cause. Alors que la rétine ne comprend pas moins de 130 millions de cellules sensibles, le nerf optique n’en compte qu’un million. C’est pourtant lui qui achemine les messages de l’œil au cortex visuel. Les 129/130e des informations restantes que notre rétine reçois sont donc forcément rejetés, ou alors très fortement compressés. Ainsi le cortex visuel se doit de reconstituer l’image, et en général, il y parvient sans trop de difficulté. Mais il peut advenir quelques erreurs ; le dessin géométrique ci-dessous vous en donnera un exemple concret.

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Combien de triangles voyez-vous ? Combien de triangles votre cortex visuel vous montre-t-il ? La réponse est 2. Mais la réalité est, vous l’aurez compris, tout autre : il ne s’agit que trois cercles auxquels il manque à chacun un secteur, et de trois V. Il n’y a donc aucun triangle sur ce dessin ! Votre cerveau s’est servi de ces figures et de son imagination pour inventer un triangle passant par trois cercles puis un autre derrière le premier. Et comme s’il craignait que vous ne compreniez pas ce qu’il veut vous montrer, il en a modifié les couleurs : le triangle du dessus vous semblera d’un blanc un peu plus clair que celui du dessous. Intéressant, non ?

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Le toucher

Notre peau envoie constamment des stimuli à notre cerveau, vos vêtements, le dossier de la chaise, le sol sous vos pieds, sont autant d’éléments que ce dernier choisit d’ignorer. Vous devenez nécessairement conscient des informations sur lesquelles vous vous concentrez volontairement : ce que vous prenez dans vos mains, les chaussures que vous êtes en train d’enfiler, etc. Mais il arrive aussi que vous deveniez parfois exagérément conscients d’informations dont vous vous passeriez bien. C’est notamment le cas lorsque vous êtes allongés dans l’herbe en maillot de bain : si vous avez peur des petites bêtes qui rampent, sautent ou volent, alors vous aurez une forte tendance à écouter ce fourmillement d’informations tactiles, et vous aurez l’impression que tous les insectes de la terre vous grimpent dessus. Vous n’êtes, en réalité, tout simplement pas habitué(e)s à un tel nombre d’informations émanant de votre peau.

De même, les stimuli tactiles étant énormément rejetés par notre cerveau (cela se comprend, sinon nous serions déconcentrés par le moindre glissement de vêtement), ils sont souvent mis de côtés au profit d’autres choses sur lesquelles nous préférons nous concentrer. Ainsi, le cerveau préfère fixer son attention sur une seule chose à la fois ; une fois que nous n’avons plus besoin de nous concentrer sur notre tâche, il conscientise des informations tactiles. C’est donc lorsque nous avons fini de nous concentrer sur la saisie de cartons et que nous avons les mains pleines que notre nez se met à nous gratter !

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Avons-nous un sixième sens ?

Nous avons tous déjà vécu cela : nous marchons dans la rue et nous avons le sentiment étrange que quelqu’un marche derrière nous. Nous nous retournons et bingo ! il y a bel et bien une personne qui marche derrière nous, alors même que nous n’avions pas entendu ses pas. Comment cela s’explique-t-il ? “La réponse se trouve peut-être dans les processus inconscients qui […] se déroulent sous les couches de notre conscience” explique Richard Robinson (conférencier et auteur de nombreux ouvrages sur les sciences au service de la magie). De la même façon que nos oreilles détectent les nombreux sons dans une foule ou une soirée et peuvent y reconnaitre le son de notre nom, nos sens surveillent assidûment les informations invisibles consciemment. Ainsi nos oreilles détectent aussi les échos imperceptibles et les réverbérations du son dans une pièce ; elles décèlent alors “tout changement causé par l’approche d’un objet absorbant les sons”. Pas étonnant que notre cerveau ait capté inconsciemment la présence de la personne marchant derrière nous et laisse échapper quelques infos au niveau conscient : nous n’avons pas deviné qu’une personne se trouvait derrière nous, nous le savions déjà !

Vous savez maintenant que vous devez écouter plus souvent votre intuition ! 😉

Hugo

L’Effet cocktail ou l’attention orientée

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